Devenir famille d’accueil : agrément, rôle et rémunération
Chaque année, des enfants sont retirés temporairement à leur famille sur décision de justice ou dans le cadre de la protection de l’enfance, et doivent être accueillis ailleurs, parfois dans l’urgence. Beaucoup de particuliers songent alors à ouvrir leur porte à ces jeunes, sans toujours savoir ce que suppose réellement devenir famille d’accueil : quelles démarches entreprendre, quelles responsabilités assumer au quotidien, et quel revenu en tirer. Derrière la formule chaleureuse se cache une procédure administrative précise et un vrai contrat de travail, avec ses règles et ses limites.
Sommaire
Les points à retenir :
- L’agrément d’assistant familial est délivré par le président du conseil départemental pour une durée de 5 ans, après un dossier complet et des entretiens d’évaluation, dans un délai maximal de 4 mois.
- La famille d’accueil est salariée du département ou d’une association habilitée : elle a un contrat de travail, cotise à la retraite et bénéficie de congés payés, avec un minimum légal de 21 jours par an dont 12 consécutifs.
- Pour un enfant accueilli en continu, le salaire brut ne peut être inférieur au SMIC, soit 1 867,02 € par mois depuis le 1er juin 2026 (environ 1 475 € net), plus au moins 861,70 € brut par enfant supplémentaire.
- Une indemnité d’entretien d’au moins 15,23 € par jour et par enfant s’ajoute au salaire, non imposable dans la limite légale.
- Une formation de 100 heures est obligatoire avant le premier accueil, suivie d’une formation de 420 heures menant au diplôme d’État d’assistant familial dans les trois années suivantes.
Comment obtenir l’agrément d’assistant familial ?
Personne ne devient famille d’accueil sans passer par le conseil départemental. La première étape consiste à assister à une réunion d’information organisée par le service de Protection maternelle et infantile (PMI) : c’est souvent là que le dossier de demande d’agrément est remis, et la participation à cette réunion est généralement exigée avant tout dépôt de candidature. Le dossier comprend un formulaire, un questionnaire sur les conditions d’accueil, un certificat médical rempli par un médecin, un extrait de casier judiciaire n°3 pour chaque personne majeure vivant au domicile, et une copie de la carte d’identité.
Vient ensuite une évaluation en plusieurs temps : un premier entretien avec un psychologue de la PMI pour cerner la motivation et le projet d’accueil, puis, si ce premier échange est favorable, un second entretien avec un puériculteur ou un assistant social qui examine le logement, les capacités éducatives et l’équilibre financier du foyer. Le président du conseil départemental prend sa décision dans un délai maximal de 4 mois après réception du dossier complet. L’agrément, quand il est accordé, vaut pour 5 ans et précise le nombre d’enfants pouvant être accueillis simultanément, le plus souvent entre un et trois.
Certaines conditions sont éliminatoires : il faut être de nationalité française, ressortissant de l’Union européenne ou de l’Espace économique européen, ou titulaire d’un titre de séjour valide autorisant le travail, et n’avoir fait l’objet d’aucune condamnation pénale incompatible avec le métier, au sens de l’article L.421-3 du Code de l’action sociale et des familles. Cette règle vaut aussi pour tout autre majeur vivant sous le même toit, ce qui explique que la demande engage l’ensemble du foyer, pas seulement le candidat.
Quel est le rôle quotidien de la famille d’accueil ?
Une fois l’agrément obtenu et un employeur trouvé, la famille d’accueil prend en charge des enfants de 0 à 18 ans confiés par l’aide sociale à l’enfance, et parfois jusqu’à 21 ans lorsque le jeune n’est pas encore en mesure d’assurer seul son autonomie. La durée du placement varie fortement : de quelques jours en cas d’urgence à plusieurs années lorsque la situation familiale ne s’améliore pas rapidement. Au quotidien, l’assistant familial gère les repas, l’hygiène, le suivi scolaire, les loisirs et la vie sociale de l’enfant, en veillant à son équilibre tout en maintenant un cadre avec des règles claires.
Ce travail ne se fait jamais seul. L’assistant familial rend compte à une équipe pluridisciplinaire de l’aide sociale à l’enfance, composée notamment d’assistants sociaux, d’éducateurs spécialisés et de psychologues, qui pilotent le projet de vie de l’enfant. Les liens avec la famille d’origine sont, sauf décision contraire, maintenus : l’assistant familial assure le suivi des droits de visite, et le retour en famille reste, quand il est possible, l’objectif poursuivi par tous.
Quelle formation faut-il suivre avant et après l’agrément ?
Contrairement à une idée répandue, aucun diplôme n’est exigé pour obtenir l’agrément lui-même : c’est l’évaluation du foyer et de la motivation qui compte à ce stade. En revanche, une fois l’agrément accordé et un employeur trouvé, la formation devient obligatoire dès le premier accueil. Depuis le 1er juillet 2025, un stage préalable de 100 heures doit être suivi avant l’arrivée du premier enfant.
Cette première étape est suivie, depuis le 1er janvier 2026, d’une formation de 420 heures menant au diplôme d’État d’assistant familial (DEAF), organisée en alternance sur une période de 18 à 36 mois, dans les trois ans suivant le premier contrat de travail. Au total, le parcours représente 520 heures de formation, réparties en quatre blocs de compétences, et le diplôme délivré est reconnu au niveau 4, celui du baccalauréat. Cette formation est rémunérée et prise en charge par l’employeur : ce n’est pas un investissement personnel. Le diplôme n’est pas une condition pour exercer, mais il conditionne souvent, dans de nombreux départements, une rémunération plus favorable et un agrément renouvelé sans limitation stricte de durée.
Combien gagne une famille d’accueil chaque mois ?
La famille d’accueil n’est pas bénévole : elle perçoit un salaire, avec fiche de paie, cotisations sociales et droits à la retraite, versé par le département ou par l’association habilitée qui l’emploie. Depuis la loi Taquet du 7 février 2022 et son décret d’application, ce salaire est indexé sur le SMIC. Pour un enfant accueilli en continu, il ne peut être inférieur au SMIC mensuel brut, soit 1 867,02 € depuis le 1er juin 2026, ce qui correspond à environ 1 475 € net une fois déduites les cotisations salariales. Chaque enfant supplémentaire accueilli en continu ajoute au moins 70 fois le SMIC horaire de 12,31 €, soit 861,70 € brut par mois.
Pour un accueil intermittent, le week-end ou pendant les vacances scolaires, le minimum tombe à 5,06 fois le SMIC horaire par jour et par enfant, soit 62,29 € brut. Le tableau ci-dessous résume ces planchers légaux :
| Situation | Salaire brut minimal (depuis le 1er juin 2026) | Net estimé |
|---|---|---|
| 1 enfant en accueil continu | 1 867,02 €/mois | environ 1 475 €/mois |
| 2 enfants | 2 728,72 €/mois | environ 2 155 €/mois |
| 3 enfants | 3 590,42 €/mois | environ 2 835 €/mois |
| Accueil intermittent, par enfant | 62,29 €/jour | environ 49 €/jour |
Ces montants sont des planchers, pas une norme unique. Le métier ne dépend d’aucune convention collective nationale, selon Service-public.fr, ce qui laisse à chaque conseil départemental la liberté de voter un barème plus généreux. Dans de nombreux territoires, le premier enfant est ainsi rémunéré entre 1,1 et 1,3 fois le SMIC plutôt qu’au strict minimum, et les enfants en situation de handicap ou aux besoins particuliers donnent lieu à une majoration, souvent comprise entre 20 et 50 % de la part correspondante.
Quelles indemnités complètent le salaire ?
Au salaire s’ajoute une indemnité d’entretien, destinée à couvrir les dépenses courantes de l’enfant : nourriture, vêtements, transports, loisirs, fournitures scolaires. Son minimum légal est fixé à 3,5 fois le minimum garanti par jour et par enfant, soit 15,23 € depuis le 1er juin 2026, sur la base d’un minimum garanti de 4,35 €. Sur une année pleine, cela représente environ 5 560 € par enfant. Cette indemnité n’est pas un salaire : elle n’est pas soumise à l’impôt sur le revenu dans la limite du montant légal, et n’entre pas dans le calcul de la retraite.
D’autres versements viennent parfois compléter ce montant selon les départements : argent de poche remis à l’enfant, prime d’habillement à la rentrée scolaire, cadeaux de fin d’année, ou prise en charge des frais de transport vers les visites médiatisées. Une place prévue au contrat mais temporairement non pourvue ouvre droit, quant à elle, à une indemnité de disponibilité d’au moins 2,25 fois le SMIC horaire par jour, soit environ 27,70 €, la loi prévoyant que l’ensemble de la rémunération ne peut jamais tomber sous 90 % de ce que le contrat prévoit.
Que devient le contrat en cas de congés ou de fin de placement ?
Les congés de l’assistant familial sont payés, avec un minimum légal de 21 jours par an dont 12 consécutifs fixé par le Code de l’action sociale et des familles ; certains départements accordent davantage, jusqu’à 35 jours dans certains territoires. Comme l’enfant confié reste sous la responsabilité de l’aide sociale à l’enfance pendant cette période, le département organise un relais, en confiant l’enfant à un autre assistant familial ou à une structure, ou propose à l’assistant de partir en vacances avec l’enfant en échange d’une indemnité.
Quand un enfant quitte le domicile, la part de salaire qui lui correspond cesse d’être versée, mais l’indemnité de disponibilité prend le relais si la place reste ouverte au contrat, jusqu’à un nouvel accueil. Si c’est l’employeur qui décide de ne plus confier d’enfant et met fin au contrat, sans faute reprochée à l’assistant familial, la loi prévoit une indemnité de licenciement ou de rupture calculée selon l’ancienneté, ainsi qu’un accès à l’assurance chômage à l’issue de l’agrément.
Questions fréquentes
Faut-il déjà un diplôme pour devenir famille d’accueil ?
Non, aucun diplôme n’est requis pour obtenir l’agrément initial. La formation devient obligatoire une fois l’agrément accordé : un stage de 100 heures avant le premier accueil, puis 420 heures menant au diplôme d’État d’assistant familial dans les trois ans qui suivent le premier contrat.
L’agrément est-il renouvelable après les cinq ans ?
Oui, l’agrément peut être renouvelé au terme des 5 ans, sous réserve d’une nouvelle évaluation des conditions d’accueil. Dans plusieurs départements, l’obtention du diplôme d’État d’assistant familial permet d’accéder à un agrément sans limitation de durée aussi stricte, ainsi qu’à une rémunération plus favorable.
Peut-on cumuler le statut d’assistant familial avec un autre emploi ?
Oui, mais uniquement avec l’accord écrit de l’employeur, qui vérifie la compatibilité avec la présence auprès de l’enfant. Un emploi à temps partiel pendant les heures d’école est souvent accepté, alors qu’un poste de nuit ou à horaires longs est rarement compatible avec l’agrément.
Le salaire de la famille d’accueil est-il imposable ?
Le salaire est imposable comme tout traitement et figure en principe préempli sur la déclaration de revenus. L’indemnité d’entretien, en revanche, est exonérée d’impôt sur le revenu dans la limite du montant légal et n’a pas à être déclarée ; seule la fraction qui dépasserait ce plafond serait imposable.
Famille d’accueil pour enfants et accueillant familial pour personnes âgées, est-ce la même chose ?
Non. L’assistant familial accueille des mineurs confiés par l’aide sociale à l’enfance, sous un agrément et une rémunération propres au Code de l’action sociale et des familles. L’accueillant familial pour personnes âgées ou en situation de handicap relève d’un agrément distinct, délivré après une enquête médico-sociale, avec des règles de rémunération différentes.
Que se passe-t-il si aucun enfant n’est confié pendant plusieurs mois ?
Si une place reste prévue au contrat sans être pourvue, l’assistant familial perçoit l’indemnité de disponibilité d’au moins 2,25 fois le SMIC horaire par jour, en attendant un nouvel accueil. Si l’absence de placement se prolonge et que l’employeur décide de mettre fin au contrat, l’assistant familial a droit aux indemnités de rupture et à l’assurance chômage.
Sources
Sources consultées le 21 septembre 2026.
Informations vérifiées à cette date ; des évolutions ultérieures sont possibles. Vérifiez auprès de la source officielle.
- Comment Devenir Famille d’Accueil ? Agrément & Formation, www.oad64.fr/devenir-famille-daccueil/demarches/
- Combien touche une famille d’accueil ? Quel salaire en | Cfet, cfet.fr/combien-touche-une-famille-daccueil/
- Devenez assistant familial – Département de la Marne, www.marne.fr/missions-et-actions-du-departement/enfance-et-famille/devenir-famille-daccueil/
